Nérée – école de plongée à Peruwelz Nérée – école de plongée à Peruwelz

Faune et flore

Quelques mots sur l'auteur

Gérald Biston est inspecteur principal honoraire de l’enseignement fondamental  à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est par ailleurs plongeur 4* affilié à l’école de plongée Nérée et guide de palanquée FFESSM. Egalement membre de la commission scientifique Biologie de la LIFRAS, il détient le titre d’instructeur en Océanologie. Il est également co-auteur du recueil Diving Zeeland, véritable bible des plongeurs en Zélande.

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Ces animaux qui apparaissent et disparaissent

Lors d’une plongée dans une carrière de Basècles que notre école de plongée Nérée utilisait en 2011, notre chef d’école, John, avait identifié quelques « chenilles » transparentes sur une paroi rocheuse immergée à quelques mètres de profondeur. Je ne les avais pas repérées et je n’avais pas d’appareil photo avec moi.


Depuis, à chaque plongée en eau douce, j’espérais à nouveau rencontrer ces organismes étranges. Mes espoirs sont restés vains jusqu’aux 22 et 23 septembre derniers. La journée « Biologie des eaux douces » de la Commission scientifique était organisée au Barrage de l’Eau d’heure le samedi et notre école Nérée y plongeait le dimanche.


Dans les herbiers à droite de la mise à l’eau, ces espèces de 

« chenilles » transparentes que je cherchais depuis si longtemps étaient là, en quantités impressionnantes.

Cristatella mucedo a, Froidchapelle Barrage de l'Eau d'Heure, 180922
Cristatella mucedo b, Froidchapelle Barrage de l'Eau d'Heure, 180922

Ces animaux sont des cristatelles. Leur nom scientifique est Cristatella mucedo. De loin, les cristatelles ont la forme et l’aspect d’une chenille translucide et velue sauf pour la partie inférieure qui évoquerait plutôt le pied d’un gastéropode. Ces animaux, d’une longueur de 5 cm au maximum, peuvent se déplacer très lentement. Ce ne sont pourtant pas du tout des chenilles comme ils en ont l’air, ni des gastéropodes comme les nudibranches auxquels ils ressemblent un peu, mais des bryozoaires.

Les bryozoaires

Les bryozoaires forment un embranchement d’animaux de taille modeste, quelques centimètres en moyenne. Il faut savoir qu’ils existent pour leur prêter attention. Actuellement, nous connaissons environ 8.000 espèces de bryozoaires dont 99,9 % sont marins. La cristatelle est l’un des rares bryozoaires d’eau douce.

Chaque bryozoaire est une colonie qui englobe plusieurs centaines d’individus. Chaque individu, appelé zoïde, a une taille de l’ordre du millimètre. La caractéristique importante des bryozoaires est la présence d’un lophophore chez chaque zoïde. Le lophophore est la couronne de tentacules qui entoure la bouche et qui permet au zoïde de se nourrir et de respirer. Les tentacules des bryozoaires sont différents des tentacules des cnidaires car ils ne contiennent pas de cellules urticantes.


Les bryozoaires sont des animaux filtreurs. Ils se nourrissent de petits organismes planctoniques capturés et transportés jusqu’à la bouche grâce aux lophophores. Les tentacules créent une dépression attirant les organismes vers la bouche puis ils refoulent l’eau.

Source : Guide de la faune et de la flore sous-marines de Zélande, Commission scientifique Lifras, 1998, page 226

Les formes des colonies sont très diversifiées : elles sont encroûtantes, dressées ou bien arbustives. Certaines ont une structure rigide, d’autres ont une structure souple. Bien que la taille moyenne des colonies de bryozoaires soit de l’ordre de quelques centimètres, certaines espèces présentent des colonies allant jusqu’au mètre.

Deux colonies de bryozoaires à structure rigide
(Thaïlande, Mer d’Andaman près de Krabi)

Deux colonies de bryozoaires à structure souple
(A Zierikzee au Pont de Zélande et aux Iles Canaries)

Pourquoi les cristatelles apparaissent et disparaissent-elles ?

Les cristatelles vivent selon un cycle annuel. Dans les semaines qui viennent, à l’approche de l’hiver, toutes les colonies vont mourir. Elles auront toutes disparu quand la température de l’eau sera descendue sous les 10 ou 12°. Mais, auparavant, elles auront constitué dans leurs tissus des statoblastes qui sont comme de petites soucoupes volantes presque microscopiques dont une face serait un peu plus bombée que l’autre.

Les statoblastes sont les « radeaux de survie » des cristatelles. A la mort de la colonie, lorsque celle-ci se décompose, la plupart des statoblastes sont libérés dans l’eau. Ils flottent et, grâce à leurs multiples petites « ancres », ils vont s’attacher à des algues, à des plantes aquatiques, ou encore à des poils d’animaux ou à des plumes d’oiseaux aquatiques. Une fois l’hiver passé, au printemps voire en début de l’été suivant, quand la température de l’eau sera remontée au-dessus de 15 ou 16°, les statoblastes vont s’ouvrir et libérer un jeune individu. Ce jeune individu pourra, par reproduction clonale, produire une nouvelle colonie. Cette nouvelle colonie prendra d’abord une forme arrondie de quelques millimètres de large seulement. Ce n’est que plus tard qu’elle s’allongera peu à peu sur deux côtés pour prendre la forme caractéristique des colonies adultes.

Cristatella_Mucedo_Annales_des_sciences_naturelles_Turpin_statoblaste

Statoblaste agrandi au microscope
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cristatella_mucedo

En fait, la cristatelle est donc bien présente toute l’année dans les eaux douces qui l’hébergent mais elle échappe à notre regard sous ses formes de statoblaste et de jeune colonie. Elle ne peut être aisément vue que sous sa forme de colonie adulte… ce qui est le cas actuellement et pour quelques jours encore.

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