Quelques mots sur l'auteur

Gérald Biston est inspecteur principal honoraire de l’enseignement fondamental  à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est par ailleurs plongeur 4* affilié à l’école de plongée Nérée et guide de palanquée FFESSM. Egalement membre de la commission scientifique Biologie de la LIFRAS, il détient le titre d’instructeur en Océanologie. Il est également co-auteur du recueil Diving Zeeland, véritable bible des plongeurs en Zélande.

Article récent

Les poissons boivent-ils comme nous ? (Janvier-Février-Mars 2020)

Les poissons ouvrent largement la bouche pour aspirer de l’eau qu’ils font passer par leurs branchies et qu’ils rejettent ensuite par leurs opercules. C’est leur façon de respirer. Mais, en plus de cette eau avalée et immédiatement rejetée après son passage dans les branchies, les poissons boivent-ils de l’eau qu’ils avalent vraiment et qu’ils conservent en eux comme nous le faisons lorsque nous buvons parce que nous avons soif ?

Dans un premier temps, je vais répondre « Oui. C’est peut-être surprenant mais les poissons boivent comme nous ». On pourrait croire que les poissons n’ont pas besoin de boire puisqu’ils vivent dans l’eau. Pourtant, s’ils ne buvaient pas, ils ne pourraient pas vivre et ils mourraient déshydratés comme nous nous déshydratons quand nous ne buvons pas suffisamment ! Heureusement, boire n’est pas compliqué pour les poissons : il leur suffit d’ouvrir la bouche, de laisser entrer l’eau et d’en avaler une partie dans leur estomac au lieu de la rejeter après passage dans leurs branchies.

Oui, les poissons doivent boire pour s’hydrater.

Mais la situation est très différente pour les poissons d’eau douce et pour les poissons de mer. Les poissons d’eau douce boivent peu et moins souvent que les poissons qui vivent dans les eaux salées des mers ou des océans. Si un poisson de mer ne boit pas assez, il peut mourir de soif. À l’inverse, si un poisson d’eau douce boit trop, il peut gonfler jusqu’à éclater ! Comment cela se fait-il ? Pourquoi cette différence ?

Cette différence s’explique par le fait que le poisson d’eau douce est plus salé que l’eau dans laquelle il évolue tandis que le poisson d’eau de mer est beaucoup moins salé que l’eau dans laquelle il évolue.

Les poissons d’eau douce

Salinité moyenne de l’eau douce : de 0 à 1 0/00

Salinité moyenne d’un poisson d’eau douce : de 8 à 10 0/00

Les poissons d’eau douce sont plus salés que leur environnement.

Les poissons de mer

Salinité moyenne de l’eau de mer :+/- 35 0/00

Salinité moyenne d’un poisson de mer : de 8 à 14 0/00

Les poissons de mer sont moins salés que leur environnement.

La peau d’un poisson, comme la peau des êtres humains, n’est pas entièrement imperméable. Elle est semi-perméable, elle laisse passer l’eau et des sels minéraux indispensables à la vie à travers elle. Ce phénomène s’appelle l’osmose.

Le passage de l’eau à travers la peau d’un poisson par osmose se fait toujours dans le sens du milieu le plus salé vers le milieu le moins salé, comme si la nature voulait rééquilibrer les deux milieux.

Les poissons d’eau douce

Puisqu’un poisson d’eau douce
est plus salé que son environnement,
par osmose, l’eau pénètre dans son corps
qui perd ainsi une partie de ses sels minéraux.

Les poissons de mer

Puisqu’un poisson de mer
est moins salé que son environnement,
par osmose, l’eau quitte son corps
qui augmente ainsi sa quantité de sels minéraux.

Si rien ne compensait cette situation, les poissons d’eau douce gonfleraient jusqu’à en éclater tandis que les poissons de mer se dessécheraient complètement !

Revenons à la question initiale « Les poissons boivent-ils ? » en précisant nos réponses selon les types de poissons, d’eau douce ou de mer.

En ce qui concerne les poissons d’eau douce

Par osmose, l’eau pénètre dans leurs corps au travers de la peau. Ils limitent cette dilution par leurs écailles et par le mucus qui les recouvre (Une raison de plus de ne pas toucher les poissons d’eau douce pendant nos plongées)..

Pour évacuer l’eau en excès dans leurs corps, ils boivent très peu mais urinent en grande quantité une urine très diluée..

Tous les poissons possèdent des cellules spéciales dans leurs branchies. On les appelle des pompes à chlorures. Chez les poissons d’eau douce, ces pompes à chlorures captent les sels minéraux dissous dans l’eau douce et les transfèrent à l’intérieur du corps du poisson pour maintenir un taux de salinité suffisant à l’intérieur de l’organisme..

En ce qui concerne les poissons de mer

Par osmose, les poissons de mer se vident de leur eau et se déshydratent. Cette perte d’eau est limitée par la présence des écailles et par la sécrétion de mucus (Une raison de plus de ne pas toucher les poissons de mer pendant nos plongées).

Pour compenser ces pertes d’eau, les poissons de mer doivent boire de grandes quantités. Un poisson de mer boit en moyenne 20 à 25 % de son poids par jour, jusqu’à 40 % parfois selon les espèces et la salinité du milieu. Pour limiter leurs pertes en eau, ils doivent aussi uriner le moins possible et leur urine doit être la plus concentrée possible pour évacuer le plus de sels minéraux possibles avec le moins d’eau possible.

Les pompes à chlorures des poissons de mer fonctionnent à l’inverse des pompes à chlorures des poissons d’eau douce. Chez les poissons de mer, ces pompes enlèvent le surplus de sels minéraux dans l’organisme des poissons et le rejettent à l’extérieur par les branchies et les opercules.

Nous pouvons résumer notre réponse dans le tableau ci-dessous :

Les poissons d’eau douce

Les poissons d’eau douce boivent très peu.

Ils urinent en grande quantité
une urine très diluée.

Les pompes à chlorures de leurs branchies
captent les sels minéraux dissous dans l’eau
et les transfèrent à l’intérieur de leurs corps.

Les poissons de mer

Les poissons de mer boivent beaucoup.

Ils urinent en petite quantité
une urine très concentrée.

Leurs pompes à chlorures captent les excès
de sels minéraux dans leurs organismes
et les expulsent dans l’eau des branchies.

Illustrations utilisées :

  1. Un omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), aussi appelé saumon de fontaine ou truite mouchetée. Photo prise à Hunawihr (France, Haut-Rhin).

  2. Une girelle-paon (Thalassoma rueppellii). Photo prise à El Quseir (Egypte, Mer Rouge).

  3. A l’avant-plan, un tilapia du lac Tanganyika. (Oreochromis tanganicae). A l’arrière-plan, un citrinellum (Amphilophus citrinellus). Photo prise à Todi (Beringen en Belgique).

  4. Une sériole couronnée (Seriola dumerili). Photo prise à L’Estartit (Espagne).

Tous les articles précédents