Quelques mots sur l'auteur

Gérald BISTON est inspecteur principal honoraire de l’enseignement fondamental à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Membre de notre école de plongée Nérée, il est plongeur 4 étoiles et Guide de palanquée FFESSM. A la CMAS, il est instructeur d’Océanologie depuis 2011 et instructeur en biologie marine depuis 2022.

Il est également co-auteur du Guide pratique de la Plongée en Zélande, véritable bible des plongeurs en Zélande. Il anime régulièrement des rubriques de Faune et Flore sur le site neree.eu et dans L’Hippocampe, la revue trimestrielle de la Lifras.

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Ce que 10 poissons de Todi ne nous diront pas… (janvier - février - mars 2023)

Le 18 février prochain, l’école de plongée Nérée se rendra une nouvelle fois à Todi.

Situé sur un ancien site minier à Beringen, Todi est le premier centre de plongée en intérieur en Europe où les visiteurs peuvent plonger, dans des conditions optimales et sûres, au milieu de plus de 2.200 poissons tropicaux d’eau douce dans un décor reconstitué. Le centre dispose d’un gigantesque bassin de plongée de 10 mètres de profondeur et de 36 mètres de large comportant plus de 6.500 mètres cubes d’eau à une température entre 23 et 24 degrés.

Ce centre de plongée est une réaffectation d’un patrimoine industriel : les structures principales sont les vestiges du lavoir à charbon du charbonnage de Beringen. L’un des principaux défis pour l’équipe de construction fut celui de la mise au point de la qualité d’eau requise pour que le bassin permette tant aux plongeurs qu’aux poissons d’évoluer dans les meilleures conditions.

Nous allons dans cette Page nous intéresser à quelques-uns des poissons que nous pourrons côtoyer au cours de notre prochaine plongée à Todi.

1. Le pacu noir

Dès l’arrivée au bord du bassin, avant même de nous immerger, nous ne pouvons pas manquer les pacus noirs qui nagent en bancs à faible profondeur.

Le nom scientifique du Pacu noir est Colossoma macropomum.
Ce poisson est originaire des bassins de l’Orénoque et de l’Amazone, des fleuves d’Amérique du Sud qui traversent notamment le Venezuela et la Colombie pour l’Orénoque, l’Equateur et le Brésil pour l’Amazone.

Parce que sa chair est appréciée et sa croissance rapide, le Pacu noir fait maintenant l’objet d’élevage en pisciculture dans plusieurs pays d’Amérique du Sud.

La taille moyenne est de 70 cm mais de nombreux spécimens atteignent plus d’un mètre de longueur et vivent 40 ans.

C’est un omnivore saisonnier. Pendant la saison des pluies, il consomme des graines, des noix et des fruits qu’il écrase à l’aide de ses puissantes mâchoires. Pendant la saison sèche il se nourrit davantage d’insectes et de mollusques. Les juvéniles, eux, filtrent l’eau pour se nourrir de plancton.

Dans leur milieu naturel, les juvéniles sont craintifs et vivent en bancs dans les eaux les plus sombres. Les adultes vivent généralement solitaires mais ils se regroupent pour effectuer des déplacements plus importants lorsque les différences de niveau d’eau les y contraignent.

2. le bossu du Tanganyika

Un des premiers poissons que vous croiserez dès votre mise à l’eau sera probablement un bossu du Tanganyika. Il y en a de nombreux spécimens et ils ne sont pas du tout farouches.


Le nom scientifique de ce poisson facilement reconnaissable est Cyphotilapia frontosa. Il est originaire du lac Tanganyika, un des grands lacs d’Afrique centrale. Le lac Tanganyika couvre approximativement la même superficie que la Belgique. Il s’étire sur 677 km entre la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Burundi et la Zambie.


La taille individuelle des Bossus du Tanganyika semble augmenter avec la profondeur, ce qui en fait une des plus grande espèce des fonds rocheux. Lorsque les conditions de vie sont bonnes, la durée de vie est au minimum de 10 ans et l’espérance de vie peut atteindre 25 ans.

La couleur dominante peut varier d’un Bossu à l’autre. Elle sera plutôt bleue, plutôt rougeâtre ou plutôt grise selon le région du lac d’où provient le poisson.

L’espèce est typique du prédateur carnivore. Les petits poissons de moins de 10 cm et les invertébrés n’ont pas intérêt à rencontrer un Bossu affamé !

Le Bossu du Tanganyika est d’abord remarquable par sa taille : certains mâles atteignent plus de 30 cm. Il est aussi remarquable par sa coloration : 5 bandes verticales blanches strient ses flancs. Il est enfin et  surtout remarquable par sa bosse en excroissance sur le front.
Contrairement à ce que certains affirment, cette bosse qui se développe avec l’âge n’est pas propre aux mâles. Les femelles en ont une également mais elle est parfois de plus petite taille.

Dans la nature, le Bossu du Tanganyika préfère les fonds rocheux en eaux profondes. Il y vit jusqu’à 120 m de profondeur en grands groupes pouvant compter jusqu’à 1.000 individus. 

3. Le Citrinellum

Tous les poissons de Todi avec une bosse sur le front ne sont cependant pas des Bossus du Tanganyika. C’est le cas des Citrinellum. Leur nom scientifique est Amphilophus citrinellus.

Le Citrinellum est originaire des eaux douces d’Amérique centrale. On le trouve à l’état sauvage notamment au Nicaragua et au Costa Rica. Comme chez les Bossus du Tanganyika, les Citrinellum développent une bosse frontale mais cette bosse ne se développe que chez les mâles. Les femelles, souvent de taille plus petite, ne développent pas de bosse avec l’âge.
La couleur naturelle est grisâtre, parfois blanche ou rouge, mais le jaune citron est la forme la plus courante en captivité.

Quelques variations de couleur chez les Citrinellum de Todi

4. Le Pangasius

Il y a tellement de poissons à observer à Todi qu’il est parfois difficile de dégager son attention de la colonne d’eau et de se concentrer sur les coins et recoins qui abondent dans le plan d’eau et constituent autant de refuges pour d’autres sortes de poissons.

Ainsi, le fond de la cuve est-il devenu le domaine des Pangasius, surnommés requins siamois par les anglophones. Malgré ce nom, le Pangasius n’est pas apparenté aux requins mais aux siluriformes, l’ordre dont les poissons-chats sont parmi les poissons les plus connus. Le nom scientifique du Pangasius est Pangasianodon hypophthalmus.

Originaire du bassin du Mékong en Asie du Sud-Est, le Pangasius est maintenant largement élevé en piscicultures, y compris dans d’autres bassins fluviaux.
C’est un grand poisson qui mesure jusqu’à 1,30 m et pèse jusqu’à 44 kg à l’état libre dans son milieu naturel.
En pisciculture, il est commercialisé lorsque son poids atteint 900 g à 1,5 kg, soit une taille de 35 à 55 cm environ.
Il est vendu débité en filets dans la plupart de nos poissonneries.
C’est un poisson migrateur. En pleine saison des pluies, il peut être trouvé loin des fleuves dans les zones inondées qu’il quittera pour redescendre vers l’estuaire à la fin de cette saison.

Il possède des branchies bien développées et une vessie natatoire modifiée qui lui permet de capter l’oxygène en surface. Il peut ainsi compléter sa respiration aquatique par une respiration aérienne et survivre dans une eau faiblement oxygénée.
Le Pangasius est un poisson omnivore qui broute des algues et des plantes mais aussi mange du zooplancton, des insectes, et même des crustacés et des poissons.

A Todi, les plus perspicaces pourront tenter de repérer un Pangasius albinos qui, par son absence de coloration, se distingue de tous les autres Pangasius.

5. Le Pléco léopard

Les Pangasius ne sont pas les seuls représentants de l’ordre des siluriformes. Sur les rochers reconstitués et autour d’eux, se trouvent plusieurs Plécos léopards.

Le Pléco léopard est un siluriforme, un poisson-chat, vivant à l’origine dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque en Amérique du Sud. Aujourd’hui, c’est un poisson très apprécié des aquariophiles car son espérance de vie dépasse facilement 15 ans.
Son nom scientifique est Pterygoplichthys gibbiceps. Sa taille maximale est de 50 cm.

C’est un poisson de mœurs nocturnes qui se nourrit d’algues. Le Pléco léopard peut parfois être confondu avec d’autres Plécos ou d’autres poissons-chats à la bouche formée pour râper le décor. Pour ne pas se tromper, observez que sa large nageoire dorsale contient entre 12 et 13 rayons. Le premier rayon est égal à la longueur de la tête. La petite nageoire anale compte 4 ou 5 rayons et le nez est reconnaissable par ses grandes excroissances nasales.

6. Le Pléco doré

Les Plécos léopards partagent leur territoire subaquatique avec les Plécos dorés qui leur ressemblent fort.

Le Pléco doré est originaire du Rio Tocantins, un affluent de l’Amazone, qui coule au Brésil, dans l’État du Pará.
Son nom scientifique est Pterygoplichthys joselimaianus.Adulte, sa taille moyenne oscille autour de 25 cm. Il est donc plus petit que le Pléco léopard.

Tant les couleurs des robes que les silhouettes des Plécos léopards et des Plécos dorés se ressemblent. C’est normal pour 2 poissons du même genre. Mais le dessin des robes permet de distinguer facilement les deux espèces. Le corps du Pléco léopard est entièrement recouvert de petits polygones dorés, presque circulaires. Le corps du Pléco doré en revanche ne présente pas de polygones mais seulement des bâtonnets plus ou moins larges et plus ou moins longs qui ne se touchent pas et ne forment aucun dessin géométrique.

7. Le Synodontis

Les rochers reconstitués abritent une troisième espèce de siluriformes : les Synodontis. Leur nom scientifique est Synodontis euptera et ils sont originaires de fleuves d’Afrique centrale, notamment du Nil et du Niger. On en trouve de plus en plus souvent chez les aquariophiles qui apprécient sa longévité : dans des bonnes conditions, son espérance de vie atteint 15 ans.

La présence des grands barbillons et l’examen de la robe permettent de distinguer facilement les Synodontis des Plécos. La robe des Synodontis est foncée, sans motifs clairs. Seuls des points mouchetés sombres ornent les flancs et le dos mais sans dessiner de motifs particuliers.

La taille d’un Synodontis peut atteindre 30 cm mais, en aquarium, ce poisson ne dépasse guère 20 cm, soit encore un peu plus petit que le Plécos dorés.
A l’âge adulte, les femelles sont plus grandes que les mâles.

Les Synodontis sont omnivores. Ils se nourrissent, souvent sans chichi, de tout ce qui est à leur disposition.

Les Synodontis peuvent parfois donner l’impression de nager à l’envers. En fait, ils ont l’habitude de coller leur ventre aux éléments du décor ou de leur environnement.
Se reposer la tête et le corps en bas, en position inversée sous un surplomb ou sous une racine immergée, n’a donc rien d’inhabituel pour eux.

8. Le Tilapia du Tanganyika

Nous allons terminer ce premier tour des poissons de Todi par deux tilapias : le tilapia du Nil et le Tilapia du Tanganyika. Commençons par celui-ci.

Le nom scientifique du Tilapia du Tanganyika est Oreochromis tanganicae. On compte 33 espèces d’Oreochromis, tous sont désignés par le terme vernaculaire de Tilapia.

Comme son nom l’indique, celui-ci est originaire d’Afrique centrale, du Lac Tanganyika dont nous avons déjà parlé pour le Bossu du Tanganyika.

C’est un poisson joliment coloré dont la taille adulte se situe entre 25 et 30 cm pour les mâles dominants. Son régime alimentaire du tilapia adulte est principalement constitué de végétaux, d’algues et de diatomées mais les jeunes ont un régime davantage carné et se révèlent des prédateurs performants quand ils chassent à l’affut, n’hésitant pas à attaquer toute proie plus petite que lui.

L’espérance de vie du Tilapia du Tanganyika se situe aux alentours de 15 ans.

Chez les tilapias, les mâles sont territoriaux et réalisent des nids en creusant dans les fonds vaseux peu profonds. Le reproduction a lieu dans ces zones bien gardées puis les femelles incubent leurs œufs en les conservant dans la bouche. Pendant toute l’incubation, elles se cachent dans la végétation et arrêtent de se nourrir.

9. Le Tilapia du Nil

Oreochromis niloticus est le nom scientifique du Tilapia du Nil.
Ce poisson est originaire de différents bassins d’Afrique dont le Nil et ses affluents. Il a ensuite été largement introduit pour l’aquaculture non seulement en Afrique mais aussi en Asie, en Amérique latine et du Nord et en Océanie.

Appelé le « poulet de l’aquaculture », il est en passe de devenir le premier poisson d’élevage aquacole. Vu ses qualités gustatives et la rapidité de sa croissance, les populations locales le transplantent d’un point d’eau à l’autre, ce qui en fait l’espèce de poisson la plus invasive du monde. Malheureusement, ceci se fait souvent au détriment des espèces indigènes qui sont supplantées.

Les mâles sont rose bleuâtre, parfois avec une gorge, un ventre, et des nageoires foncés ; les femelles sont généralement brunâtres, argentées ou blanches dessous. Des barres verticales un peu plus sombres peuvent être réparties sur le corps.
La taille maximale tourne autour de 55 cm pour 5 kg.

Dans le milieu naturel, le Tilapia du Nil filtre les algues et le plancton animal mais il peut se nourrir de tout, colonisant ainsi avec une rapidité déconcertante toutes les eaux assez chaudes pour lui.

Vous voilà maintenant prêtes et prêts à reconnaître avec perspicacité ces 10 poissons parmi tous ceux qui peuplent Todi.
Une double surprise vous sera réservée lors de notre plongée.
Mais je n’en dis pas plus car une surprise doit rester une surprise !

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Faune et flore 23 mai 2018