La sexualité étonnante du poisson-clown (Mai et juin 2017)

Après avoir survolé, dans la page précédente de Faune et Flore, la complexité sexuelle d’un certain nombre d’organismes que nous sommes amenés à croiser en plongée, nous allons détailler maintenant la vie sexuelle complexe du poisson-clown.

Les poissons-clowns sont une sous-famille de poissons appartenant à la famille des Pomacentridés dans l’ordre des Perciformes. On en compte une trentaine d’espèces, toutes de taille modeste : de 6 cm pour la plus petite espèce (Amphiprion du Pacifique) à 16 cm pour la plus grande espèce (Poisson-clown épineux).

Quelques espèces de poissons-clowns

Poisson-clown à 2 bandes
(Amphiprion bicinctus)

Poisson-clown épineux
(Premnas biaculeatus

Poisson-clown de l’Ile Maurice
(Amphiprion chrysogaster)

Amphiprion leucogaster)

Les poissons-clowns fréquentent les lagons et les récifs coralliens de la zone indo-Pacifique et de la Mer Rouge où ils se nourrissent le plus souvent de plancton et de larves de tuniciers, parfois d’algues broutées sur les récifs ou gobées en pleine eau.

Ils sont principalement connus pour la relation mutualiste qu’ils forment avec dix espèces d’anémones de mer normalement mortelles
pour les autres poissons. Les poissons-clowns s’immunisent contre les cellules urticantes des anémones en se frottant progressivement contre leurs tentacules dès la fin du stade larvaire. Il ne s’agit pas d’une protection liée au système immunitaire du poisson mais plutôt à un changement de composition du mucus qui contient moins de protides et davantage de glucides complexes, limitant la décharge des cellules urticantes des anémones. Les poissons-clowns utilisent les anémones comme une barrière protectrice face à des prédateurs potentiels. Réciproquement, les poissons-clowns protègent les anémones des agressions de la part des poissons-anges, des poissons-papillons et des balistes, qui sont amateurs de tentacules d’anémones. Les poissons-clowns consomment également leur nourriture au sein des tentacules et les anémones, carnivores même si beaucoup hébergent aussi des algues symbiotiques, peuvent profiter des restes de ces repas. Enfin, les mouvements des poissons-clowns pourraient favoriser l’élimination du mucus produit en permanence par les anémones.

Poisson-clown à proximité
de son anémone de mer

On sait moins que les poissons-clowns peuvent émettre des sons. On peut entendre très clairement des sons d’agression émis dans un groupe de poissons-clowns en cliquant sur le lien http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_342716/les-sons-d-agression . Une étude menée à l’université de Liège a pu expliquer comment un mouvement de tête du poisson vers l’arrière entraîne d’abord une ouverture de la bouche puis un recul de la langue. Ceci cause ensuite une fermeture très rapide de la bouche et le son est émis par le claquement des dents des mâchoires inférieures contre les dents des mâchoires supérieures. Ce système de communication avec ses semblables est utilisé selon le cas pour exprimer son hostilité à un concurrent ou pour attirer un partenaire.

Mais venons-en à notre propos. Ce qui est peut-être le plus curieux chez les poissons-clowns, c’est la structure sociale du groupe de poissons qui habitent une anémone de mer. Un groupe est constitué d’une seule femelle, d’un seul mâle reproducteur et de jeunes mâles immatures plus ou moins nombreux.

Le plus gros poisson-clown, dominant socialement, est toujours la femelle. Elle présente des ovaires fonctionnels et des testicules dégénérés. Le mâle reproducteur est jusqu’à deux fois plus petit. Il a des testicules fonctionnels et des ovaires latents. Les autres poissons, plus petits encore que le mâle reproducteur, sont les jeunes mâles immatures, ils sont inactifs dans la reproduction.

En cas de disparition de la femelle, les testicules du mâle reproducteur s’arrêtent de fonctionner et les ovaires s’activent, il devient la nouvelle femelle dominante qui peut commencer à pondre dès le 26e jour après son changement de sexe. Le rôle de mâle reproducteur est repris par le plus gros des jeunes mâles immatures qui développe alors ses organes sexuels mâles.

Si c’est le mâle reproducteur qui disparaît, rien ne change pour la femelle qui se trouve un nouveau compagnon dans la personne du plus gros des jeunes mâles immatures qui devient, à ce moment, sexuellement actif.

Tous ces changements s’opèrent rapidement et sans heurt car le groupe des jeunes poissons-clowns mâles immatures est structuré par la taille des individus. Tout nouveau-né ou nouvel arrivant commence en bas de l’échelle sociale et il n’évolue qu’à la mort de ceux qui le précèdent dans l’ordre hiérarchique. Un individu n’atteint le sommet et ne devient femelle qu’après avoir parcouru l’ensemble de la filière pour cette anémone.

Et Nemo alors ? Le dessin animé des studios Pixar nous aurait-il bernés ? Eh oui, cruelle désillusion ! Seul rescapé des œufs déposés sur un coin de rocher au pied de l’anémone familiale, le petit poisson n’aurait jamais pu passer sa vie sous la protection de son père après que sa mère eût été mangée par un barracuda. Dans la réalité du milieu naturel, le père de Nemo serait devenu sa mère et lui-même, Nemo, prenant la place de son père, lui aurait donné une progéniture en temps voulu… La recomposition des familles après la séparation des parents pose moins de problème chez les poissons-clowns que chez les humains… mais elle n’est pas forcément plus facile à expliquer aux enfants.

Les informations relatives aux poissons-clowns ont été inspirées par les sites :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hermaphrodisme_successif,
https://fr.wikipedia.org/wiki/Poisson-clown et
http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_342594/fr/la-vie-intime-des-poissons-clowns.

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