Lors de la dernière sortie de notre école de plongée Nérée en Zélande fin juin dernier, notre première plongée s’est déroulée sur le site de Wolphaartsdijk dans le Veersemeer. Tous les plongeurs ont été étonnés par la présence en très grand nombre de ce que nous avons appelé, parce que cela nous semblait évident, une petite méduse.
Présente en très grand nombre, cette petite méduse (appelons-la ainsi pour l’instant) occupe deux endroits privilégiés. Soit elle nage avec beaucoup d’élégance en pleine eau devant nos yeux étonnés, comme sur la photo ci-dessus ; soit, comme sur la photo ci-contre, elle est posée sur le tapis d’algues qui recouvre le fond marin
Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de participer à cette plongée à Wolphaartsdijk, décrivons d’abord cet organisme qui répond au nom scientifique de Gonionemus vertens et porte le nom vernaculaire de « méduse adhésive ».
Description
L’ombrelle est très transparente et mesure généralement moins de 3 cm. Quatre canaux disposés en croix sont bien visibles. Ils portent les organes sexuels. Ceux-ci sont orangés, rouges ou violets chez les femelles, ils sont jaunâtres ou brunâtres chez les mâles. De 60 à 80 tentacules sont fixés sur le bord de l’ombrelle, ils peuvent atteindre une longueur de 1 cm. Chaque tentacule comporte des anneaux de cnidocytes, des cellules très urticantes, que l’on peut distinguer au microscope.
Gonades de méduse adhésive observées au microscope
Tentacules de méduse adhésive observés au microscope
Méduse adhésive en attente d’un prochain repas
Comportement
Grâce aux patchs adhésifs qu’elles possèdent, ces méduses se fixent souvent pendant la journée sur le tapis d’algues qui recouvre le fond marin. Comme elles se fixent retournées, la bouche vers le haut et les tentacules déployés, elles peuvent s’alimenter sans se déplacer en consommant le zooplancton, les larves de poissons et les petits crustacés qui passent à portée de leurs tentacules. Néanmoins, l’essentiel de leur alimentation est consommé de nuit pendant qu’elles se déplacent en eau libre.
La reproduction des méduses
Les méduses possèdent un mode de reproduction unique et complexe qui comporte des phases de reproduction sexuée et des phases de reproduction asexuée.
- Phase 1 (Reproduction sexuée)
Les méduses mâles produisent des gamètes mâles qu’elles libèrent en pleine eau. Les méduses femelles produisent des gamètes femelles qu’elles libèrent en pleine eau. Si un gamète mâle rencontre un gamète femelle, il le féconde, créant ainsi une cellule-œuf. - Phase 2 (Reproduction sexuée)
La cellule-œuf se développe et donne naissance à une larve qui nage d’abord dans l’eau avant de se fixer ensuite sur un substrat dur. - Phase 3 (Reproduction asexuée)
Fixée sur son support dur, la larve se transforme en un polype. - Phase 4 (Reproduction asexuée)
Ce polype se reproduit de façon asexuée par segmentation. Libérés en pleine eau, les segments en grandissant deviennent de nouvelles méduses.
Chez les méduses adhésives, les phases 1 et 2 de la reproduction sexuée et de la vie pélagique ne durent généralement pas plus de trois mois tandis que les phases 3 et 4 de la reproduction asexuée et de la vie benthique peuvent durer pendant plusieurs années.
Alors pourquoi la méduse adhésive n’est-elle pas une vraie méduse ?
Dans l’embranchement des cnidaires, les biologistes placent les méduses dans la classe des Scyphozoaires mais ils placent la méduse adhésive et quelques autres dans la classe des Hydrozoaires. Pourquoi cette différence ?
Bien qu’ils partagent certaines ressemblances physiques, plusieurs caractéristiques fondamentales distinguent les hydrozoaires comme la méduse adhésive et les scyphozoaires comme les vraies méduses.
Voilà pourquoi, malgré son nom vernaculaire de méduse adhésive, celle-ci n’est pas une vraie méduse, appellation que les biologistes réservent aux méduses scyphozoaires.
La méduse adhésive n’est pas la seule à ne pas être une vraie méduse scyphozoaire. Durant l’été, nous rencontrerons peut-être dans plusieurs de nos carrières une cousine germaine de la méduse adhésive, la méduse d’eau douce qui répond au nom scientifique de Craspedacusta sowerbii. Cette méduse d’eau douce n’est pas non plus une vraie méduse mais une méduse hydrozoaire.
Méduses d’eau douce photographiées dans la carrière du Flato à Floreffe le 31 juillet 2022
Quand nous croiserons encore une méduse adhésive en Zélande ou une méduse d’eau douce dans une carrière, nous continuerons entre nous à les qualifier de méduses parce que cela nous permet de nous comprendre facilement… même si, pour les biologistes, elles ne sont pas de vraies méduses scyphozoaires.
En attendant, les liens ci-dessous nous permettront de revoir encore une fois toute la grâce des méduses adhésives de Wolphaartsdijk :
une méduse adhésive en pleine eau
une méduse adhésive posée sur un tapis d’algue
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