Quelques mots sur l'auteur

Gérald Biston est inspecteur principal honoraire de l’enseignement fondamental à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est par ailleurs plongeur 4* affilié à l’école de plongée Nérée et guide de palanquée FFESSM. Membre de la commission scientifique Biologie de la LIFRAS, il est instructeur en Océanologie à la CMAS. Il est également co-auteur du Guide pratique de la Plongée en Zélande, véritable bible des plongeurs en Zélande. Depuis juillet 2020, la LIFRAS publie régulièrement ses chroniques de Faune et Flore dans son magazine trimestriel L’Hippocampe.

Dernier article Faune et Flore

Dans le mode subaquatique aussi, l’union fait souvent la force
(avril-mai-juin 2021)

S’alimenter et se déplacer à la recherche d’aliments sont deux des besoins les plus fondamentaux de tous les organismes vivants. Nous allons nous intéresser dans cette Page à la manière dont certains organismes subaquatiques s’associent pour satisfaire ces besoins en collaborant avec d’autres organismes d’autres espèces.

Aucun organisme ne vit vraiment seul : chacun est en permanence associé plus ou moins étroitement à de nombreux autres organismes.
Leurs interactions peuvent être classées en fonction

    • de leur mode d’association : les organismes s’associent-ils pour se nourrir ensemble ? Pour se déplacer ensemble ? Pour se protéger mutuellement ?
    • de la durée de ces interactions : Restent-ils associés durant toute leur vie ou seulement à des moments particuliers ?
    • et du caractère bénéfique ou non de ces associations pour l’un et l’autre des partenaires.

Quand deux organismes s’associent, toutes les situations intermédiaires existent, formant un véritable continuum, mais trois situations sont particulièrement représentatives :

Les termes symbiose, mutualisme, parasitisme et commensalisme ne sont pas toujours aussi clairs. Ainsi, les auteurs anglo-saxons définissent la symbiose comme toute interaction entre deux organismes d’espèces différentes. Selon ces auteurs, la symbiose comprendrait le mutualisme, le commensalisme et le parasitisme. Même au sein des auteurs francophones, le mot symbiose est utilisé tantôt dans le sens large de toute coexistence intime entre organismes d’espèces différentes, tantôt dans un sens restreint indiquant que la coexistence est bénéfique aux deux partenaires, symbiose est alors utilisé dans le sens de mutualisme. Si l’on pense également que les symbioses ne sont pas limitées à l’alimentation mais peuvent également concerner les façons de se déplacer et de s’abriter, on devine la complexité de la question. Nous n’entrerons pas dans ces discussions et nous nous en tiendrons aux définitions du cadre ci-dessus, toute critiquables qu’elles soient.

Laissons provisoirement le parasitisme de côté et concentrons-nous sur le commensalisme d’une part, sur le mutualisme et la symbiose au sens strict d’autre part, sur ces situations où, dans le monde animal, l’union fait aussi la force.

Le commensalisme

Il y a donc commensalisme quand deux organismes s’associent et que l’un d’entre eux profite seul de cette association qui est neutre pour l’autre partenaire, ne lui apportant aucun bénéfice particulier mais ne lui coûtant rien non plus.

Ce concept de commensalisme a été théorisé par Pierre-Joseph van Beneden durant la seconde moitié du 19° siècle. Le zoologiste belge recense ainsi, dans son ouvrage « Les commensaux et les parasites dans le règne animal » publié en 1875, 264 exemples d’associations qu’il classe au sein du commensalisme.

Deux exemples de commensalisme :

La raie manta et les carangues royales

En se positionnant sous la raie manta, les carangues royales économisent leur énergie car elles sont aspirées par le déplacement de la raie sans que celle-ci n’ait d’effort supplémentaire à fournir.

De plus, les carangues ont la possibilité de récupérer les restes de nourriture négligés par la raie.
Les carangues profitent donc de leur raie-hôte tant pour se nourrir que pour se déplacer plus facilement mais ceci ne coûte rien à la raie.

Les balanes sur les crabes

Les balanes sont de petits crustacés qui, au stade adulte, vivent fixés sur un support. On en trouve quasiment sur toutes les infrastructures immergées des ports comme sur la première photo ci-contre.

On peut trouver régulièrement des balanes chez soi sur les coquilles de moules achetées dans le commerce.
Les balanes les plus chanceuses se fixent sur une coque de navire, sur la peau d’une baleine, sur une coquille de mollusque ou, comme sur la photo ci-contre, sur la carapace d’un crabe ou d’un autre crustacé.

De cette manière, les déplacements de leurs supports les amènent dans de nouveaux espaces où se nourrir. Ce ne sont pas les quelques grammes de balanes à porter qui épuiseront le crabe, le homard… ou la baleine.
De plus, les balanes auront la possibilité de récupérer les restes de nourriture négligés par leur hôte.

Les balanes, comme les carangues, profitent donc de leurs hôtes tant pour se nourrir que pour se déplacer plus facilement sans que ceci ne coûte rien aux hôtes ni ne leur rapporte rien non plus. Elles pratiquent le commensalisme.

Le mutualisme et la symbiose au sens strict

La symbiose est une association entre deux espèces, parfois plus, dans laquelle les partenaires sont tous bénéficiaires. Certaines associations deviennent même obligatoires car chacun des partenaires éprouverait d’énormes difficultés à survivre en l’absence de l’autre.

Dans certains cas, comme pour le requin et ses poissons-pilotes, la symbiose se résume à un échange de service : le requin transporte les poissons-pilotes qui s’arriment à lui et leur abandonne les restes de son repas tandis que les poissons-pilotes déparasitent la peau du requin. Dans d’autres cas, la symbiose va jusqu’à l’échange de molécules nutritives à l’intérieur même des tissus de l’hôte. Nous allons le voir à propos des coraux ou de certains mollusques et de leurs algues symbiotiques.

Certains auteurs réservent l’appellation de symbiose au sens strict quand il y a échange de molécules à l’intérieur même des tissus de l’hôte et parlent de mutualisme quand il y a seulement échange de services entre les partenaires. Notre tableau initial des collaborations entre espèces deviendrait donc

Voyons d’abord trois exemples de mutualisme par échange de services :

Le requin et ses poissons-pilotes

Les rémoras, souvent appelés poissons-pilotes, ne guident pas les requins comme on le pensait autrefois. Ils profitent surtout de l’onde de proue créée par la nage de leurs grands voisins. Mieux adaptés encore que les carangues royales sous la raie manta, les rémoras se fixent par une ventouse à la peau du requin et sont ainsi transportés par leur hôte dont ils récupèrent aussi les restes de nourriture.

Mais le requin est également bénéficiaire de la présence des rémoras qui complètent leur alimentation en lui déparasitant la peau et en le préservant en conséquence de diverses infections ! Rémoras et requins sont donc tous les deux gagnants à leur collaboration.

Le bernard l’ermite et son anémone de mer

Le bernard l’ermite est un crustacé dépourvu de carapace sur l’abdomen. Pour se protéger de ses prédateurs, il s’abrite dans une coquille vide de gastéropode qu’il ne quitte que quand sa propre croissance l’oblige à déménager vers une coquille plus grande.
L’anémone de mer est bénéficiaire de cette collaboration : le bernard-l’ermite la déplace vers de nouvelles sources de nourriture et elle peut à l’occasion récupérer avec ses tentacules les restes du repas du son hôte. De son côté, le bernard l’ermite profite de la protection de l’anémone : ses tentacules fonctionnent comme des filaments urticants comme chez les méduses. Certains prédateurs sont donc moins enclins à attaquer.

Cette association est tellement bénéfique pour chaque partenaire que, lorsque le bernard l’ermite change de coquille, il se saisit de l’anémone pour l’installer sur sa nouvelle coquille ! Peut-être en appliquant l’adage selon lequel deux protections valent mieux qu’une, le bernard l’ermite ci-contre, photographié à L’Estartit, n’a pas hésité à s’associer à deux anémones de mer. Merci à mon binôme Pierre de m’avoir fait remarquer cet équipage complexe lors de notre plongée.

Les labres nettoyeurs et les « clients » de leurs « stations de lavage »

Nous nous étions déjà intéressés au labre nettoyeur dans la Page 7 de Faune et Flore de notre site neree.eu en novembre 2016.

Certaines zones du corps des poissons sont dépourvues de protection contre les parasites : les écailles, les branchies, la bouche, les nageoires et les espaces entre les écailles. Certains petits crustacés en profitent et parasitent alors leur hôte qui ne peut rien contre eux. Le labre nettoyeur va constituer une aubaine pour l’ensemble des poissons du récif car il va les débarrasser de leurs parasites et de leurs vieilles peaux.

 

Pourvu de couleurs lumineuses, le labre nettoyeur va attirer le regard des poissons parasités par une nage sautillante qui contraste avec la nage habituelle des autres poissons. Il va ainsi les attirer dans de véritables stations de nettoyage où ils pourront se faire déparasiter.

  1. L’Estartit 2015 : Un étrange organisme (octobre-novembre 2015)
  2. L’Estartit 2015 : Un autre étrange organisme (décembre-janvier 2016)
  3. Les espèces invasives (Février – mars 2016)
  4. Une espèce invasive de Zélande : le crabe sanguin (Avril et mai 2016)
  5. Deux particularités dans la reproduction des espèces (Juin, juillet et août 2016)
  6. Algue ou plante ? (Septembre et octobre 2016)
  7. Le labre nettoyeur (Novembre et décembre 2016)
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test 6 octobre 2018